De la buée sur les vitres au réveil, une facture de chauffage qui grimpe, et l'idée s'installe : et si on arrêtait la ventilation jusqu'au printemps ? Le calcul paraît imparable, puisque chaque mètre cube extrait a d'abord été chauffé. Il oublie un détail. Un logement produit autant de vapeur d'eau en janvier qu'en juillet, et l'hiver, les fenêtres restent closes toute la journée. Couper la VMC, c'est retirer la seule évacuation encore en service au moment où elle travaille le plus. Reste à savoir si une VMC simple flux et une double flux réagissent pareil au froid. Décryptage.
Couper la VMC l'hiver : ce que dit la réglementation
L'arrêté du 24 mars 1982 impose une aération générale et permanente dans les logements construits depuis cette date. Permanente au sens strict : le texte ne prévoit ni pause saisonnière, ni réduction hivernale. Les débits minimums d'extraction y sont fixés pièce par pièce, cuisine, salle de bain et WC en tête, sans distinction de mois. La RT 2012 puis la RE 2020 ont durci les exigences d'étanchéité à l'air des bâtiments. Moins une construction fuit, plus le renouvellement de l'air repose sur le système mécanique, et c'est tout le principe d'une extraction continue. Sur une maison des années 1970 aux menuiseries anciennes, arrêter la ventilation quelques semaines passait presque inaperçu. Sur une maison RE 2020, l'air n'a plus d'autre issue. La question de la VMC en hiver ne se pose donc plus dans les mêmes termes qu'il y a trente ans.
Pourquoi l'humidité s'accumule davantage en hiver ?
Un foyer de quatre personnes libère entre 10 et 15 litres de vapeur d'eau par jour. Douches, cuisson, linge étendu à l'intérieur, respiration pendant la nuit. Cette quantité ne varie pas avec la saison. Ce qui varie, c'est la capacité de l'air à l'absorber. À 20 degrés, un mètre cube d'air intérieur retient jusqu'à 17 grammes d'eau. Au contact d'un mur dont la surface descend à 12 degrés, il n'en retient plus que 10. Les 7 grammes restants se déposent. Sur les vitres, la buée se voit et s'essuie. Dans un angle de mur ou derrière une armoire, elle passe inaperçue bien plus longtemps, et c'est ainsi que l'humidité finit par s'installer dans les murs. Un logement chauffé, fermé, occupé le soir produit donc plus de condensation qu'en pleine belle saison. Le renouvellement de l'air pèse davantage en janvier qu'en juillet, et le débit d'air entrant doit rester constant pour évacuer cette charge au fur et à mesure.
Que se passe-t-il quand on coupe la VMC en hiver ?
Couper la VMC ne se remarque pas le premier jour. Le taux d'humidité relative monte de quelques points par semaine, et l'air intérieur, déjà deux à cinq fois plus chargé en polluants que l'air extérieur, se concentre encore. Passé 60 %, la condensation devient permanente sur les surfaces froides. Les signaux apparaissent alors dans un ordre assez régulier, repérables à l'œil nu et sans appareil de mesure :
Buée qui ne s'évapore plus en journée sur les vitres et les tableaux de fenêtre
Odeurs de cuisine ou de renfermé qui passent d'une pièce à l'autre
Linge d'intérieur qui met deux fois plus de temps à sécher
Traces sombres dans les angles de plafond et derrière les meubles adossés aux murs froids
Peinture qui cloque, enduit qui se décolle aux points les plus exposés
Dans une pièce déjà marquée, relancer le système ne suffit pas. Le support doit sécher avant que l'apport d'air frais retrouve son effet, et ventiler une pièce déjà humide demande quelques gestes supplémentaires.
Arrêter la VMC fait-il vraiment baisser la facture ?
Le moteur pèse peu dans la facture : 130 à 260 kWh par an pour une simple flux autoréglable, l'ordre de grandeur d'un réfrigérateur, et ce que représente réellement ce poste sur une année se compte en dizaines d'euros. La chaleur partie avec l'air extrait pèse plus lourd, entre 10 et 20 % des déperditions d'une maison correctement isolée. Reste que l'arbitrage n'est pas neutre. À 65 % d'humidité relative, un air à 19 degrés procure la même sensation qu'un air sec à 17 : le thermostat monte pour compenser. Laisser tourner la ventilation coûte quelques dizaines d'euros d'électricité par an, l'arrêter déplace la dépense vers le chauffage sans la faire disparaître. La consommation électrique varie surtout selon le type d'installation.
Rédacteur
Antony
Expert des sujets liés à la toiture et à l’isolation, Antony vulgarise les informations techniques pour les rendre accessibles à tous.






